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Groupe « sociologie et systèmes complexes »


Réseau ad hoc 2ème Congrès de l'AFS
Bordeaux, 5-8 septembre 2006

Pages du Groupe ad hoc "Sociologie et Systèmes Complexes", constitué par Pascal Roggero (pascal(point)roggero(chez)univ-tlse1.fr) dans la perspective du Colloque de l'Association Française de Sociologie.


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Présentation

Depuis une quinzaine d'années l'approche dite des « systèmes complexes » se développe dans le champ des sciences sociales. Mais ce développement est inégal tant sur le plan des disciplines que sur celui des aires culturelles. Puissant en économie et, à un degré moindre, en sociologie dans le monde anglo-saxon, il est encore limité dans la sociologie française et, plus généralement, francophone. Si l'on peut proposer des éléments d'explication à cette réticence française – la méfiance à l'égard de la systémique parsonienne, le peu d'échos des « révolutions » cybernétiques, l'appétence limitée pour la formalisation, la reconnaissance tardive de l'individualisme méthodologique encore trop souvent confondu avec l'utilitarisme, etc.– on ne saurait s'en satisfaire durablement. En effet, dans cet ensemble encore assez hétéroclite que constituent les travaux autour des systèmes complexes, de nouveaux outils de formalisation, de modélisation et de simulation apparaissent et de nouvelles problématiques se structurent qui peuvent intéresser les sociologues. Ici un exercice de définition, nécessairement limité et provisoire, s'impose.

Un système est perçu complexe quand son comportement ne peut pas être déduit de la connaissance du comportement des entités qui le composent. « C'est l'imprévisibilité potentielle (non calculable a priori) des comportements de ce système, liée en particulier à la récursivité qui affecte le fonctionnement de ses composants ("en fonctionnant ils se transforment") » (Ric-mcx) qui caractérise la complexité d'un système. Pour utiliser un langage plus technique on dira qu'un système complexe est imprévisible, que son comportement se caractérise par une « auto-éco-organisation » (i.e. une auto-organisation adaptative), que l'information y est « distribuée » entre ses composants et qu'il est capable de développer des propriétés émergentes. Nombre de phénomènes sociaux relèvent d'une telle caractérisation et c'est la raison pour laquelle les systèmes complexes ont été mobilisés pour rendre compte, entre autres, de dynamiques organisationnelles et de réseaux sociaux, de l'émergence de règles, de normes ou de formes institutionnelles, de la diffusion des opinions, ou encore de processus de ségrégation urbaine. Mais, les outils des systèmes complexes répondent aussi au besoin de traiter des données de plus en plus massives, traitement rendu possible par le recours à la puissance de calcul des ordinateurs. Enfin, avec le développement des modèles de simulation notamment les modèles multi-agents, un champ potentiellement très fécond s'ouvre aux sociologues, autour de la simulation sociale. Tous ces éléments, et d'autres encore, plaident pour que se constitue au sein de la communauté des sociologues français un espace de débat, d'échange et de mutualisation autour de ce que peut leur apporter l'approche « systèmes complexes ».

Il ne s'agit pas, bien évidemment, de célébrer quelque exclusivisme méthodologique ou dogmatisme théorique. Il est, au contraire, proposé aux sociologues intéressés et aux spécialistes des « systèmes complexes » travaillant sur des phénomènes sociaux et/ou des théories sociologiques, d'examiner les conditions d'une bonne utilisation de ces outils, leur compatibilité avec les concepts et la nature des données sociologiques, les perspectives qu'ils ouvrent et les limites qu'ils présentent.

Ce travail de mutualisation s'avère d'autant plus important que, jusqu'ici en France au moins, ce sont plus les spécialistes des « systèmes complexes » qui se saisissent d' « objets » sociaux que les sociologues qui s'emparent de leurs modèles. Il en résulte, sans doute encore trop souvent, des modélisations dont les fondements sociologiques sont mal assurés. Mais il s'agit là plus du résultat d'un défaut de communication entre spécialistes d'origines disciplinaires différentes que d'une incompatibilité fondamentale entre les contraintes de la formalisation induites par ces outils et la nature du savoir sociologique. Cette prétendue incompatibilité, quelquefois hâtivement décrétée, pourrait s'apparenter à une forme d'atonie intellectuelle et de manque d'attention portée à ce qui se fait dans les autres sciences. Il est vrai qu'un véritable investissement cognitif, assez lourd compte tenu de la distance culturelle entre les disciplines plus formalisées où se sont développés les « systèmes complexes » - physique statistique, informatique ou biologie notamment – et la sociologie, s'avère nécessaire. Il apparaît vital de le faciliter et le réseau proposé permettra aussi d'y réfléchir.

Pour l'heure, si la communauté des sociologues français demeure encore mal informée sur les « systèmes complexes », un certain nombre de chercheurs, quelquefois isolés, s'y intéressent et sont demandeurs d'échanges. Plus globalement des signes d'un rapprochement progressif entre ces deux univers se font jour. Citons-en deux. Le premier concerne les thématiques de recherche, ici l'analyse des réseaux sociaux apparaît comme le fait majeur dans la mesure où elle ouvre la sociologie à d'autres disciplines où se sont développés plus activement les « systèmes complexes » sur la base d'une réelle compatibilité avec cette démarche. En second lieu, la multiplication des modèles dédiés à la simulation sociale, en particulier les modèles multi-agents mais aussi des algorithmes génétiques, et leur diffusion progressive, participent de ce même mouvement ainsi qu'en témoigne une revue comme le Journal of Artificial Societies and Social Simulation. C'est donc avec un optimisme raisonné que nous lançons cet appel à communications.

En ces temps de fondation, l'orientation des rencontres de ce groupe « Sociologie et systèmes complexes » ne saurait être trop restrictive, l'objectif étant de renforcer ou d'initier des relations d'interconnaissance et de mutualisation entre chercheurs.
Dès lors, aucune thématique particulière, au sens d' « objet » d'étude, ne sera privilégiée. La seule condition, peu restrictive mais dirimante, étant de se situer dans le domaine de compétence de la sociologie. Contentons-nous ici de rappeler quelques domaines où les « systèmes complexes » ont été utilisés jusqu'ici : émergence de règles, de normes et de formes institutionnelles, réseaux sociaux, dynamiques organisationnelles, diffusion d'opinions, mobilité sociale, processus de négociation, ségrégation urbaine, aménagement du territoire notamment.

Un accent particulier peut être mis sur les tentatives de formalisation, encore rares, de théories sociologiques. Car, en l'occurrence, le sociologue est confronté à des contraintes de formalisation, largement inédites pour lui, qui l'amènent à devoir expliciter, clarifier et approfondir ses propres concepts bien au-delà du niveau de rigueur associé à l'exposition littéraire qu'il pratique généralement.

Quant aux outils mobilisés, si les modèles multi-agents apparaissent incontournables, les autres formalismes sont recevables à condition qu'ils s'inscrivent dans les « systèmes complexes ».

Ainsi donc, des études rendant compte de données empiriques et/ou des tentatives de formalisation de théories ou des réflexions épistémologiques sur l'application des « systèmes complexes » aux phénomènes sociaux sont les bienvenues.

Les textes proposés devront, autant que faire se peut, insister sur l'intérêt sociologique de leur démarche, les hypothèses de leur modèle, leurs résultats et leurs limites, renvoyant l'argumentaire proprement technique aux annexes.


Pascal Roggero


Contributors to this page: davidchavalarias and admin .
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